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Le fitness en Afrique n’est plus un équipement, c’est un actif

Larry Walterson conçoit et construit des salles de sport à Douala et à Casablanca depuis six ans. Nous publions sa lecture de l’industrie du fitness en Afrique parce qu’elle pose une question que les études de marché posent rarement : pourquoi construit-on encore des salles que personne ne choisit ?

Il existe deux façons de construire une salle de sport. La première consiste à acheter des machines et à les poser dans la pièce qui restait. La seconde consiste à se demander qui viendra, pourquoi, et ce que cela vaut.

L’industrie du fitness en Afrique est en train de basculer de la première à la seconde. Pas parce que les équipements ont changé. Parce que les gens ont changé : leur façon de voyager, de choisir un hôtel, de choisir un quartier, d’élever leurs enfants. Un hôtel, un promoteur, une fédération qui traite encore la salle de sport comme un service annexe lit le marché avec cinq ans de retard.

On ne voyage plus seulement pour la plage. On voyage pour courir.

Le signal le plus net vient du tourisme. Le marché mondial du tourisme sportif est estimé, pour 2025, entre 615 et 804 milliards de dollars selon les cabinets (Emergen Research, Research and Markets, Fortune Business Insights, Grand View Research), avec des croissances annuelles annoncées à deux chiffres. Un seul événement donne l’échelle : le marathon de Londres 2025 a généré plus de 250 millions de livres d’impact économique pour la ville et le pays, selon l’estimation de son organisateur.

Le segment qui monte le plus vite dans ce marché, c’est la course-vacances : on choisit une destination pour y courir. Le continent en a déjà un calendrier : le WildRun au Rwanda, le marathon du Kilimandjaro, le semi-marathon Lewa Safari au Kenya, l’ultra-trail en Afrique du Sud, Hyrox au Cap, les courses de marque à Casablanca, les épreuves d’endurance à Kigali.

On ne rapporte pas seulement une médaille de ces voyages. On rapporte une histoire, du contenu, des liens. J’appelle cela le tourisme d’identité. Une ville comme Miami s’est rebaptisée destination bien-être et investit dans le sport participatif. Les hôtels, les commerces, les propriétaires fonciers en tirent le bénéfice. Et les marques, évidemment : vêtements, compléments, objets connectés, tous veulent une place dans la valise.

Dakar 2026, Maroc 2030 : la norme change de niveau

Ce mouvement n’est pas importé. Le continent le porte lui-même. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse se tiendront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026, premier événement olympique organisé sur le sol africain (Comité International Olympique). Le Maroc, co-organisateur de la Coupe du monde 2030, a annoncé 52 milliards de dirhams d’infrastructures sportives et une soixantaine de centres d’entraînement (Morocco World News, 2025). La Basketball Africa League a installé une compétition continentale professionnelle. Le football féminin, les sports de combat, le triathlon progressent d’une saison à l’autre.

Chaque événement de cette taille fait la même chose : il relève le niveau d’exigence de tous ceux qui l’ont vu. Le pratiquant qui a couru dans une infrastructure de standard international ne revient pas volontiers dans une salle mal ventilée.

Un hôtel choisi pour sa salle

Pour un hôtel ou un resort, la conséquence est directe. Si les voyageurs choisissent leur destination selon la façon dont ils pourront bouger, s’entraîner, récupérer et rencontrer des gens, la salle de sport cesse d’être un service. Elle devient un critère de choix.

Que devient un hôtel dont la salle de sport reste une arrière-pensée au sous-sol ?

L’enjeu n’est pas seulement le taux d’occupation. C’est la durée du séjour, le prix que l’on peut tenir, la position de la marque, et des clients qui ne visitent plus un hôtel : ils s’identifient à lui. La montée des vacances sportives n’est pas une tendance à venir. Elle est déjà là.

Le wow n’est pas l’équipement

Du côté résidentiel, le même déplacement est en cours. Pour un propriétaire, l’offre bien-être n’est plus un agrément. Elle devient un élément qui définit le logement moderne et un indicateur de ce qu’une résidence, et une communauté, valent vraiment.

Les gens cherchent le sport là où ils vivent : proximité, sécurité, intimité, temps gagné, expérience. L’accès se redéfinit, et les anciennes attentes ne tiendront plus longtemps.

L’effet wow n’est pas l’équipement. C’est l’usage qui change la manière dont on s’entraîne, récupère et vit.

Les promoteurs immobiliers peuvent en faire un argument central de leurs programmes résidentiels et de leurs immeubles de bureaux. Mais beaucoup d’investisseurs s’y engagent sans l’information ni les compétences nécessaires pour construire ce type d’environnement correctement. C’est là que se joue la différence entre une salle qu’on montre et une salle qu’on utilise.

Douala, Casablanca : deux bases, pas deux hasards

Ce que je décris, je le vois depuis deux villes. Le Cameroun est devenu en 2024 le premier marché africain d’équipements de fitness en valeur, avec 79 millions de dollars, devant le Mali et l’Afrique du Sud (IndexBox, 2025). Le Maroc affiche un marché des services de fitness estimé à 185 millions de dollars en 2025, avec une croissance annuelle attendue de 11,2 % (Ken Research, 2025).

Deux marchés, deux logiques : Douala achète des équipements, Casablanca achète des services. Une entreprise qui construit des salles doit savoir laquelle de ces deux demandes elle sert, à quel prix, et avec quels fournisseurs.

Derrière ces deux villes, quatre demandes qui ne se ressemblent pas. L’hôtel veut une salle que ses clients photographient et qui justifie son prix. Le promoteur veut un espace qui fait vendre les appartements et qui coûte peu à entretenir. L’entreprise veut un lieu qui retient ses cadres. Le club ou la fédération veut de la performance et de la sécurité. Une même machine posée dans ces quatre lieux ne rend pas le même service, et ne se finance pas de la même façon.

Ce que le sport apprend, et que l’école ne note pas

Il reste l’éducation. Les sports de combat, la musculation et les sports collectifs construisent chez les enfants des adultes plus solides. Le sport apprend le leadership, la discipline, le travail d’équipe, la pensée autonome, la tolérance à l’effort et même la gestion des ressources.

Un chiffre résume ce que cela vaut plus tard : dans une enquête menée auprès de 400 dirigeantes, 94 % des femmes membres d’un comité de direction avaient pratiqué un sport, et 52 % de ces mêmes dirigeantes l’avaient pratiqué à l’université (EY et espnW, 2014). Les parents et les systèmes éducatifs devraient s’en saisir.

Construire bien, ou ne pas construire

Chez KVLR, la règle tient en une phrase : construire bien, ou ne pas construire. Elle se traduit en trois temps qui sont, en réalité, ceux de n’importe quel projet sérieux.

D’abord une consultation : l’espace, la vision, le budget, et une lecture honnête de qui utilisera la salle. Ensuite une conception : visite du site, mesures, rendus 3D, liste d’équipements et de fournisseurs. Enfin la construction et la livraison : achats, second œuvre, installation, un chef de projet unique et une date tenue.

Le point que la plupart des projets manquent est le premier. On peut avoir le meilleur installateur du continent et livrer une salle vide, parce que personne n’a demandé qui viendrait et pourquoi. Une salle de sport rentable commence par une lecture de marché, se pilote comme un projet, et se finance comme un dossier d’investissement, avec ses hypothèses écrites.

Le fitness n’est plus ce qu’on case entre deux obligations. C’est devenu une raison de choisir une ville, un hôtel, un quartier.

Ceux qui construisent encore des salles au sous-sol le découvriront en lisant leur taux d’occupation.


Larry Walterson dirige KVLR Gym Construction & Consulting (Douala, Casablanca). Ce texte est adapté par la rédaction du Cabinet Carrée de son article « The Trajectory of the Fitness Industry in Africa ».

Un projet de salle de sport, d’hôtel ou de résidence à cadrer, chiffrer et financer ? Le Cabinet Carrée accompagne l’étude de marché, le pilotage du projet et le montage du dossier d’investissement. Appel et WhatsApp : +221 77 627 93 72.

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