Les leviers de croissance d’une économie numérique
Infrastructure, approche sectorielle, codage et compétitivité internationale : les quatre piliers de la transformation numérique au Sénégal
Ce qu’il faut retenir
- Démocratiser l’accès universel à internet fixe à domicile en illimité, en réduisant les coûts d’accès pour les ménages
- Créer une direction du numérique dans chaque ministère pour adapter les solutions digitales aux besoins spécifiques de chaque secteur
- Investir dans les ponts logistiques et de communication vers les marchés extérieurs pour renforcer la compétitivité
- Adapter les programmes d’accompagnement et de mise à niveau des entreprises à l’ère du digital
- Intégrer le codage dans l’enseignement national dès le primaire pour former les talents de demain et réduire le fossé numérique
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1. Contexte : un tournant politique et numérique
L’investiture du Président Bassirou Diomaye Faye à la Magistrature suprême marque un tournant dans l’histoire politique du Sénégal. Face aux défis persistants liés à l’emploi et à l’inclusion sociale, la jeunesse perçoit dans ce renouveau politique une occasion unique de se projeter vers un avenir plus prometteur.
Cette transition politique s’accompagne d’une volonté affirmée de moderniser le Sénégal, avec une attention particulière portée à la transformation numérique, considérée comme un vecteur clé de développement économique et social.
Il a également lié cette initiative aux enjeux plus larges d’une réforme des institutions internationales, afin de les rendre plus inclusives et mieux adaptées aux réalités contemporaines, notamment en matière de justice numérique et de réduction des inégalités globales.
2. L’accès à l’infrastructure : la bande passante comme nouveau pétrole
En 2022, l’internet fixe ne représente que 3,98 % du total des abonnements au Sénégal (ARTP, T4 2025) — une part d’abonnements, à ne pas confondre avec un taux de ménages ou d’habitants raccordés. La bande passante est comparable au pétrole de l’économie mondiale actuelle : il est crucial que les pays africains puissent bénéficier d’un accès abordable à la bande passante internationale pour rester compétitifs.
En 2012, le Sénégal a vu sa capacité internationale décuplée par la mise en opération du câble sous-marin ACE, portant la bande passante à 5,7 Terabits/s de capacité. Cependant, cela n’a pas eu l’impact attendu sur les prix.
L’analogie de l’eau : réduire les coûts d’accès
Le coût annuel de connexion Internet à haut débit fixe représente environ 15,95% du revenu annuel moyen d’un Sénégalais. De 2008 à 2023, le coût d’internet sur le revenu a baissé par trois, passant de 49% à 15%.
Mais contrairement à la moyenne mondiale, le coût des services large bande fixes ou mobiles reste trop élevé pour le consommateur moyen dans la plupart des pays à faible revenu. Au Sénégal, les dépenses en forfait de données mobiles représentent en moyenne 9% du revenu moyen.
Une réduction des coûts de la bande passante internationale favoriserait les activités et l’intégration des marchés régionaux au sein de la CEDEAO. La baisse des coûts des communications et des transferts d’argent est cruciale pour les échanges, incluant des produits de première nécessité.
3. Impact d’une meilleure connectivité
Services Financiers
Internet réduit les coûts de transaction et rapproche les services financiers des zones rurales. Grâce aux applications fintech, l’inclusion financière progresse nettement au Sénégal.
Santé
L’Afrique compte seulement 1,1 docteur et 2,7 sages-femmes pour 1 000 habitants. Internet permet de développer l’accès au diagnostic et d’améliorer le parcours de soin.
Commerce
Le e-commerce ouvre de nouvelles opportunités pour la classe moyenne africaine. En 2025, les revenus générés sont évalués à 10% des ventes, représentant 75 milliards de dollars annuels.
Éducation
Les gains de productivité pour l’éducation sont incommensurables. Le programme SIMEN a démontré le potentiel du e-learning lors du Covid-19.
Agriculture
Les agriculteurs ont désormais accès à l’expertise et à l’information sur la météo, le choix des semences, le management et la finance, générant de meilleurs prix de revient.
Culture & Communication
L’accès à l’information se démocratise. Les plateformes d’échange catalysent la diffusion de la culture, à travers les séries dont raffole la diaspora ouest-africaine.
4. L’approche de digitalisation sectorielle
Cinquante ans après sa création, internet est aujourd’hui une nécessité fondamentale pour l’humanité. Un ministère du numérique, c’est bien. Mais ça ne fait pas tout. Des directions du numérique spécifiques à chaque ministère amélioreraient l’adaptabilité des solutions à chaque secteur.
Des projets de digitalisation structurants conçus par et pour les acteurs ont démontré qu’un impact significatif est possible. Deux projets illustrent cette approche :
WAAWAW — Primaire & Secondaire
Place de marché digitale aidant les unités économiques sénégalaises à accéder aux marchés domestique et international via la création de boutiques en ligne, la promotion de produits, la gestion logistique internationale et le paiement en ligne sécurisé. La plateforme vise un marché de plus de 3 milliards de consommateurs et a reçu le financement de la Banque Mondiale.
MICROTRANS — Tertiaire
Plateforme d’un nouveau genre pour le secteur tertiaire informel. À partir d’une étude auprès de 1 500 taximen à Dakar, une solution renforçant leur résilience avec accès à des services financiers, amélioration de leur visibilité et formalisation de leur activité, mutualisant les 100 milliards de FCFA de richesse générés annuellement dans la région de Dakar.
Selon les estimations, ces deux projets pourraient dans les trois prochaines années générer plus de 100 000 emplois, enclencher une industrialisation par la demande et formaliser plus de 30 000 activités économiques.
5. L’accès universel au codage
Pour établir une croissance pérenne basée sur le digital, il faut penser l’avenir et combler le fossé de la maîtrise informatique qui se crée dès le bas âge entre les pays développés et les pays du Sud.
La crise du COVID-19 a révélé l’urgence d’adopter le numérique dans tous les aspects de la vie publique et privée. En réponse, le projet AUCI (Apprendre, Utiliser, Créer, Innover), porté par le Cabinet Carrée et Xoolal Technologies du Dr Idriss Bengeloune, se positionne comme un levier essentiel pour l’avenir du pays.
Vision du projet AUCI
Bâtir une école numérique et intelligente. Une pépinière de talents créatifs capables de transformer le Sénégal. Préparer une main-d’œuvre compétitive, prête à relever les défis de la révolution industrielle actuelle. À travers des infrastructures innovantes, des logiciels éducatifs et pédagogiques adaptés, AUCI souhaite équiper les écoles, collèges, lycées et daaras du Sénégal des outils indispensables à la préparation de la quatrième révolution industrielle.
6. Établir les ponts logistiques et promotionnels
Le développement industriel du Sénégal ne peut plus se restreindre à son marché domestique de 18 millions de consommateurs, limité par un PIB par habitant et un pouvoir d’achat restreints.
Certaines réalités se dressent comme des obstacles à l’accès de nos acteurs aux marchés internationaux : le manque de données, le défaut de promotion de nos produits et services, ainsi que les barrières linguistiques.
Pour permettre un véritable développement économique basé sur le numérique, il est crucial de reconnaître et répondre aux défis de la guerre économique. Les plateformes comme YouTube, Facebook, TikTok ou X sont envahies par des publicités de firmes étrangères qui captent l’attention des consommateurs sénégalais.
L’État doit développer une stratégie de compétitivité reposant sur deux axes principaux : la promotion des produits sénégalais à l’international et la commercialisation optimisée de ces produits. Cibler de nouveaux marchés comme l’Asie du Sud-Est offre des opportunités de croissance économique considérables.
7. Mieux accompagner les acteurs
Face à la mondialisation et à l’intensification des échanges économiques, le développement industriel du Sénégal ne peut plus se restreindre à son marché domestique. Face aux limites des modèles traditionnels basés sur la formation, le programme PARCOURS SENEGAL EVERYWHERE combine des sessions de formation avec un suivi semestriel, clôturé par la participation à des salons internationaux.

